Les minerais contenant As et Sb coexistent fréquemment. Des signatures isotopiques distinctes du Sb peuvent donc aider à différencier plusieurs sources minérales, déchets ou zones minières.
Ce que montre la revue
Utiliser les isotopes du Sb pour mieux tracer l’As
La contamination par l’arsenic constitue un problème fréquent dans les environnements miniers. Les mesures de concentration permettent de quantifier la contamination mais apportent peu d’informations sur son origine, tandis que la spéciation renseigne sur certaines conditions géochimiques sans nécessairement identifier les processus responsables du transport.
Contrairement à de nombreux contaminants métalliques, l’As ne possède qu’un seul isotope stable. Il ne peut donc pas être utilisé directement comme traceur isotopique stable. L’antimoine constitue une piste particulièrement intéressante car As et Sb appartiennent au même groupe du tableau périodique, présentent des états d’oxydation comparables et coexistent fréquemment dans les minerais, les déchets miniers et les eaux contaminées.
Le Sb possède deux isotopes stables relativement abondants : 121Sb, représentant environ 57 % du Sb naturel, et 123Sb, représentant environ 43 %. Les progrès analytiques réalisés depuis 2020 ont permis de multiplier les études consacrées au fractionnement isotopique du Sb dans les minerais, les eaux, les sols et les sédiments.
Cette revue rassemble les connaissances disponibles sur les principaux processus affectant simultanément As et Sb : formation des minerais, altération et dissolution, réactions d’oxydoréduction, adsorption sur les surfaces minérales et volatilisation. Elle examine ensuite dans quelles conditions les variations isotopiques du Sb peuvent fournir une information pertinente sur les sources et la mobilité de l’As.
Les isotopes du Sb constituent un proxy prometteur pour tracer les sources d’As et certains processus comme l’altération et la lixiviation. Leur capacité à représenter fidèlement le comportement de l’arsenic diminue cependant lorsque les deux éléments réagissent différemment, notamment lors des transformations redox et de l’adsorption. Leur interprétation doit donc rester spécifique au site et au processus étudié.
Où les isotopes du Sb peuvent-ils servir de proxy pour l’As ?
La revue montre que le potentiel du proxy Sb–As varie fortement selon le processus géochimique. Certaines transformations affectent les deux éléments de manière suffisamment comparable pour permettre une interprétation commune, tandis que d’autres entraînent une forte divergence de comportement.
Les eaux de drainage sont souvent enrichies en 123Sb par rapport aux solides sources. Des fractionnements Δ123Sbaqueux–solide allant jusqu’à environ +0,5 ‰ ont été rapportés.
L’oxydation biotique et l’oxydation abiotique peuvent générer des fractionnements isotopiques de directions opposées. Cette différence peut être informative mais nécessite une identification préalable du mécanisme dominant.
As(V) et Sb(V) ont souvent des comportements similaires en milieu oxydant. En conditions réductrices, Sb(III) est généralement beaucoup plus fortement retenu que As(III), limitant fortement l’utilisation du Sb comme proxy.
Une lecture intégrée des sources, du transport et des transformations
Le modèle conceptuel synthétise les principaux processus contrôlant le devenir de l’As et du Sb dans les environnements miniers et les fractionnements isotopiques du Sb qui leur sont associés. Il permet de distinguer les situations où les deux éléments évoluent de manière comparable de celles où leur comportement diverge et où le Sb devient un proxy moins fiable pour l’arsenic.
Pourquoi cela compte pour le traçage des contaminations minières complexes
Dans un site minier où plusieurs minerais, déchets, eaux de drainage et dépôts atmosphériques contribuent simultanément à la contamination, la concentration en arsenic ne permet pas à elle seule de distinguer les sources ni de reconstruire les processus responsables de son transport. Les isotopes du Sb apportent une information indépendante susceptible de compléter les concentrations, la spéciation et la minéralogie. Leur intérêt est particulièrement fort lorsque As et Sb partagent une origine ou un processus géochimique commun. La revue souligne toutefois que cette approche ne doit pas être appliquée comme un proxy universel : elle nécessite une caractérisation représentative des sources, des matrices environnementales et des conditions géochimiques propres à chaque site.
Référence scientifique
Ferrari, C., White, K.B., Ptacek, C.J., Blowes, D.W. (2026). Tracing arsenic and antimony in mining-impacted environments: New insights from antimony isotopes. Chemical Geology, 707, 123271.