Ce que montre l’étude
Comprendre ce qui contrôle réellement la réactivité du verre basaltique
Les basaltes jouent un rôle majeur dans les cycles géochimiques globaux et dans la consommation naturelle de CO₂ par altération. Leur forte réactivité explique également l’intérêt croissant des formations basaltiques pour le stockage minéral du carbone. Une compréhension précise de leur cinétique de dissolution est donc nécessaire pour prédire leur comportement à long terme.
Cette étude examine la dissolution d’un verre basaltique synthétique entre 30 et 90 °C, dans une gamme de pH comprise entre environ 6 et 10. Les expériences ont été réalisées sous différentes concentrations d’oxygène dissous et de silice aqueuse afin d’isoler l’effet de chacun de ces paramètres.
La réactivité de la surface a été quantifiée par interférométrie verticale à balayage (VSI), qui mesure directement le retrait de la surface du verre. Cette approche a été complétée par réflectivité des rayons X (XRR) et microscopie électronique en transmission (TEM) afin de caractériser les couches superficielles riches en silice formées au cours de l’altération.
Les résultats confirment l’accélération de la dissolution avec l’augmentation du pH et de la température. Les énergies d’activation déterminées sont de 91 kJ·mol−1 à pH 6 et 80 kJ·mol−1 à pH 9, conduisant à une valeur globale d’environ 84 kJ·mol−1 dans la loi cinétique proposée.
L’effet le plus important concerne cependant la silice dissoute. Lorsque la concentration de SiO₂(aq) augmente, la vitesse de dissolution chute beaucoup plus rapidement que ce que prédisent les modèles thermodynamiques conventionnels. Cette observation conduit les auteurs à proposer une loi de vitesse fondée sur un mécanisme de dissolution contrôlé par nucléation à la surface altérée.
La concentration en silice dissoute constitue un contrôle majeur de la réactivité du verre basaltique. La vitesse de dissolution diminue de façon exponentielle avec l’augmentation de SiO₂(aq), beaucoup plus fortement que ne le prédisent les lois classiques basées sur la théorie de l’état de transition. Dans les conditions étudiées, le comportement est mieux expliqué par un mécanisme contrôlé par nucléation au niveau de la surface altérée.
pH, oxygène et silice contrôlent la vitesse de dissolution
Les expériences permettent de séparer l’effet de chacun des paramètres et montrent que leur importance relative diffère fortement : le pH et la température accélèrent la réaction, tandis que l’oxygène et surtout la silice dissoute peuvent limiter la dissolution.
La silice dissoute provoque une chute fortement non linéaire de la réactivité
Les vitesses normalisées s’écartent nettement de la relation attendue dans un cadre classique de théorie de l’état de transition. À mesure que la solution se charge en silice, la dissolution ralentit beaucoup plus rapidement que prévu. La relation observée devient au contraire cohérente avec un modèle dans lequel la propagation de la dissolution dépend de la nucléation d’événements réactifs à la surface altérée.
Pourquoi cela compte pour les interactions eau–basalte et le stockage du CO₂
Les modèles utilisant des vitesses mesurées loin de l’équilibre peuvent fortement surestimer la dissolution du verre basaltique lorsque les eaux sont déjà enrichies en silice. L’étude estime qu’à seulement 0,1 mmol·L⁻¹ de SiO₂(aq), une vitesse loin de l’équilibre peut surestimer la dissolution d’environ un facteur cinq. Dans des aquifères basaltiques plus riches en silice, l’écart peut atteindre un à deux ordres de grandeur. Une description plus réaliste de cette inhibition est donc importante pour prédire l’altération des basaltes, les flux d’éléments dans les aquifères et les océans, ainsi que la libération des cations nécessaires à la minéralisation du CO₂ dans les systèmes de stockage géologique.
Référence scientifique
Bas-Lorillot, J., Yunda, E., Pusztai, A., Ménez, B., Perez, A., Tardif, S., Testemale, D., Guyot, F., Cabié, M., Gérard, E., Daval, D. (2026). Dissolution kinetics of basaltic glass: The effect of temperature, dissolved oxygen and silica concentrations under circum-neutral to basic pH. Chemical Geology, 713, 123433.